vendredi 7 août 2015

Les adaptations d’œuvres littéraires en bande-dessinée

Comme pour le cinéma, la littérature reste une source d’inspiration pour la bande dessinée. Nombreux sont les auteurs qui se frottent à cet exercice périlleux : transposer en images, une œuvre romanesque ou théâtrale.

"Périlleux" en effet, car lors d’une adaptation, l’auteur se pose de nombreuses questions. Dois-je respecter le texte à 100% ? Ne puis-je pas ajouter certains passages ? En retirer d’autres ? Comment mettre en scène le texte ? Quel découpage, quelle style graphique dois-je utiliser ? Arriverai-je à transposer l’âme de l’œuvre originale ? Dois-je m’effacer complètement ou y mettre ma patte ? Si oui, comment ? Comment le public réagira ?

Si l’auteur arrive à dépasser toutes ces interrogations, il enfantera d’un ouvrage qui donnera une autre vision de l’œuvre et qui permettra de la faire découvrir à des lecteurs qui n’auraient jamais osé lire le roman original.

Voici une petite liste non-exhaustive et absolument subjective

Construire un Feu par Christophe Chabouté, Vents d'Ouest, 2007
Adaptation glaciale et quasi-muette de la nouvelle de Jack London.

"Un homme en quête de fortune ou d’aventure, perdu en plein milieu du grand nord, tente de rejoindre ses compagnons… Dans ce désert de neige et de glace, rien d’autre que lui et un chien… Il lutte contre un froid effrayant de moins soixante degrés. Confronté aux forces de la nature, sa vie ne dépend que de quelques allumettes avec lesquelles il pourrait se faire un feu"


Le Loup des Mers par Riff Reb's, Soleil (collection Noctambule), 2012
D'après Jack London

"Après un naufrage, Humphrey Van Weyden, un gentleman fluet, est recueilli puis enrôlé de force comme mousse par Loup Larsen, un terrifiant capitaine de goélette, buveur, violent mais très cultivé.
Ce capitaine, athée, éprouve peu à peu une sorte d’estime teintée de mépris pour Humphrey, à l’inverse, très religieux. Leurs joutes verbales – pleines d’humour et d’esprit – rythmeront ce passionnant récit d’aventure."

Le Club des Suicides par Clément Baloup et Eddy Vaccaro, Soleil (collection Noctambule), 2011
Adaptation libre du roman-feuilleton de Robert Louis Stevenson

"Toujours en quête d'aventures extravagantes, le prince Florizel et son acolyte, le colonel Géraldine, font un soir la rencontre d'un étrange jeune homme, qui les convie à participer à une soirée au Club du suicide. Ils découvrent alors avec horreur et fascination une partie de cartes diabolique où le seul gain est... la mort."


Charly 9 par Richard Guérineau, Delcourt 2013
D’après le roman de Jean Teulé

"Charles IX fut de tous les rois de France l'un des plus calamiteux. À 22 ans, pour faire plaisir à sa mère, il ordonna le massacre de la Saint- Barthélemy qui épouvanta l'Europe entière. Abasourdi par l'énormité de son crime, il sombra dans la folie. Transpirant le sang par tous les pores de son pauvre corps décharné, Charles IX mourut à 23 ans, haï de tous... Pourtant, il avait un bon fond."


Moby Dick par Christophe Chabouté, Vents d'Ouest 2014
D'après Herman Melville

"Des campagnes de pêche de plus de trois ans, les dangers de l'océan, la chasse elle-même où, armés de simples lances et harpons à bord de légères chaloupes, les marins s'exposent aux réactions redoutables et aux assauts furieux de cachalots de plus de soixante tonnes. En plus de la chasse, le travail harassant de remorquage, de dépeçage et de fonte du lard afin d'en extraire la précieuse huile ; souvent trois jours d'efforts continus sans le moindre repos... Les conditions de vie extrêmes de ces hommes, les dangers quotidiens où les matelots exorcisent leur peur en la muant en rage à l'encontre des cétacés qu'ils massacrent. Rage sournoisement attisée par cette folie de vengeance aveugle et obsessionnelle du capitaine Achab envers Moby Dick, le cachalot blanc qui lui a arraché la jambe par le passé."

L'Étranger par Jacques Ferrandez, Gallimard, 2013
D'après Albert Camus

"Le jour où sa mère est morte, Meursault a remarqué qu’il faisait très chaud dans l’autobus qui le menait d’Alger à l’asile de vieillards, et il s’est assoupi. Plus tard, dans la chambre mortuaire, il a apprécié le café que lui offrait le concierge, a eu envie de fumer, a été gêné par la violente lumière des lampes électriques. Et c’est avec une conscience aiguë du soleil qui l’aveugle et le brûle que l’employé de bureau calme et réservé va commettre un acte irréparable. Camus présente un homme insaisissable amené à commettre un crime et qui assiste, indifférent, à son procès et à sa condamnation à mort."

Lire aussi L'Hôte, autre adaptation de Camus par Ferrandez

Alice au pays des merveilles par David Chauvel et Xavier Collette, Drugstore 2010
D'après Lewis Carroll

Comme au cinéma, les adaptations du chef-d'oeuvre de Lewis Carroll foisonnent mais celle-ci vaut qu'on s'y arrête un moment. Si le scénario est très fidèle à l'original, cette bande dessinée brille surtout par le dessin de Xavier Collette qui est une réussite graphique totale en nous livrant un monde halluciné avec des personnages très travaillés.


Les Enfants du Capitaine Grant, de Jules Verne par Alexis Nesme, Delcourt 2009-2014 (trilogie)

"Lors d'une excursion en mer, Lord et Lady Glenarvan trouvent dans le corps d'un requin une bouteille renfermant un message de détresse, envoyé par le capitaine Grant avant son naufrage. Ils décident de partir à la recherche des survivants, accompagnés par Mary et Robert, les enfants du capitaine disparu, et par Paganel, un savant farfelu. Commence alors un périple mouvementé aux confins du monde..."

Alexis Nesme transpose le roman de Jules Vernes dans le monde animalier avec un dessin fantastique et une mise en lumière magistrale.


Le Horla par Guillaume Sorel, Rue de Sèvres, 2014
D'après Guy de Maupassant

"Le narrateur mène une vie tranquille dans sa maison au bord de la Seine, lorsque d’étranges phénomènes commencent à se produire. C’est la carafe d’eau sur sa table de nuit qui est bue, des objets qui disparaissent ou se brisent, une fleur cueillie par une main invisible... Peu à peu, le narrateur acquiert la certitude qu’un être surnaturel et immatériel vit chez lui, se nourrit de ses provisions. Pire encore, cet être, qu’il baptise le Horla, a tout pouvoir sur lui, un pouvoir grandissant... Du Horla ou de l’homme, l’un des deux doit périr.Le Horla comme les contes fantastiques écrits par Maupassant à la fin de sa vie, alors qu’il sombrait dans la folie, joue délicieusement avec nos nerfs en traitant de thèmes très actuels comme l’angoisse, la hantise du suicide, la peur de l’invisible."

Niourk par Olivier Vatine, Ankama Éditions 2012
D'après Stefan Wul

"Sur une Terre post-apocalyptique où l'Humanité a régressé au stade primitif après une catastrophe nucléaire ayant asséché les océans et donné naissance à des chimères mutantes, quelques tribus survivent à l'état sauvage. Parmi elles, la horde de Thoz, où vit l'enfant noir, rejeté par les siens. Lorsque le vieux sorcier de la tribu le condamne à mort, l'enfant noir se met en marche pour Niourk, la ville des dieux, où ne subsistent que ruines et étranges mécanismes, vestiges de la civilisation du XXe siècle."

La Princesse des Glaces par Olivier Bocquet et Léonie Bischoff, Casterman 2014
D'après Camilla Läckberg

"Erica Falck, trentenaire installée dans une petite ville paisible de la côte ouest suédoise où elle écrit des biographies, découvre le cadavre aux poignets tailladés d’une amie d’enfance dans une baignoire d’eau gelée. Impliquée malgré elle dans l’enquête, Erica est vite convaincue qu’il ne s’agit pas d’un suicide. Sur ce point l’inspecteur Patrik Hedström, amoureux transi, la rejoint. Stimulée par cette flamme naissante, Erica se lance à la conquête de la vérité et met au jour, dans la petite société provinciale qu’elle croyait bien connaître, des secrets détestables. Bientôt, on retrouve le corps d’un peintre clochard – encore une mise en scène de suicide…"

Shutter Island par Christian De Metter, Rivages/Casterman/Noir 2008
D'après Dennis Lehane

"Boston, années 50. Deux marshals fédéraux, Teddy Daniels et Chuck Aule, se rendent pour les besoins d’une enquête sur une île étrange, Shutter Island, sur laquelle est établi un institut psychiatrique très spécial, qui n’accueille que les fous criminels particulièrement dangereux. Mais à vrai dire, tout est spécial sur Shutter Island, comme le relèvent les deux enquêteurs dès leur arrivée : les locaux, le personnel d’encadrement, les médecins, sans oublier la lourde atmosphère de secret qui semble peser sur les hommes et les choses. Alors qu’une forte tempête s’approche, qui condamnera les fédéraux à demeurer sur l’île pour une durée indéterminée, tout se met en place pour un terrifiant huis-clos…"

Le Vent dans les Saules par Michel Plessix, Delcourt 1996
D'après Kenneth Grahame

"Fini le grand nettoyage de printemps ! Sitôt rangés balais et brosses, le timide Taupe décide d'aller profiter de cette belle journée au bord de la rivière. Le voilà parti pour de bien curieuses rencontres : le malicieux Rat, qui connait qui connait comme sa poche tout le petit monde des alentours, et le vaniteux Crapaud, spécialiste des lubies désastreuses. Pour Taupe, la saison des émotions fortes vient de commencer"


Hors-compétition

De Capes et de Crocs d'Alain Ayroles et Jean-Luc Masbou, Delcourt 1995-2015

"Deux fiers bretteurs - l'un loup, l'autre renard - découvrent, grâce à une carte cachée dans une bouteille, l'existence du fabuleux trésor des îles Tangerines. De geôles en galères, nos deux gentilshommes s'embarquent pour une incroyable aventure avec pour compagnon le terrible Eusèbe, lapin de son état..."

On ne peut pas vraiment parler d'adaptation pure concernant cette série, toutefois les tribulations du renard Armand Raynal de Maupertuis et du loup Don Lope de Villalobos y Sangrin sont tellement imprégnées de littérature que ne pas en parler ici relèverait du non-sens.

En effet, De Capes et de Crocs regorge de références littéraires et théâtrales allant du Roman de Renart à Edmond Rostand en passant par Molière, La Fontaine, Shakespeare, Cervantès, Cyrano de Bergerac (le vrai), Rabelais... Le scénario et les dialogues (dont certain en alexandrins!) sont d'une richesse inouïe au point que l'on découvre constamment de nouveaux clins d’œil à chaque nouvelle lecture.
Pour allez plus loin, lisez les albums bien sûr mais aussi rendez vous sur ce wiki consacré à la série qui relève, entre autres, les innombrables références cachées.

Florian

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